C'est une frénésie négative, un malaise astreint de frissons, un engourdissement fascinant du monde des idées, comme une tiédeur fulgurante qui se cogne aux pensées encombrantes. Le mot, c'est l'estampe de mon imagination, la trace de mon vertige, l'avancée de ma folie, la lumière de mon ombre, de moi, le mot. C'est l'avachissement de mes sens, la contemplation de ma naïveté, devant mon curieux, c'est le dégourdi affamé de mon idiotie. J'estompe mon avenir, je mélange les couleurs, sans faire attention aux convenances, aux codes ; le tableau sera tout blanc, avec une tâche, une éclaboussure dans un des coins gauches, une éclaboussure mauve, comme un essor transcendant du contemporain, de l'inutile et de l'absurde, je serais cette tâche, ce tableau entier, cette ½uvre d'art raté, au fond d'un grenier. A cause de quoi ? D'un voilage d'avenir trop extrême, passé présent chancelant. Que ce soit par ce mot, par cette multitude de possibilité, que ce soit grâce à l'emphase embellie, à la syntaxe essoufflée, ou à la ponctuation ; insolente, je veux faire de ma vie un atelier à création, la Création, le roulement de tambour, l'énergie emperler, ou l'empathie la plus simple, non, la création. Je veux créer des atmosphères. Je veux écrire des ambiances, choisir la lumière, maîtriser l'ombre, encapsuler le climat, la turbulence d'un toucher, l'agitation d'un regard, la douceur d'un silence, d'un froissement, et jeter ce cocktail à la figure d'un Homme fatigué et non demandeur d'emploi, mais demandeur de fuite, en attente d'un raccourci, d'un échappatoire vers son insondable, vers ce qu'il connaît mais ne sait ; l'incommensurable. Je veux réussir à faire caresser un tissu à des gens, qu'avec les mots, où l'image, le son, l'ensemble, la pertinence, le moment, l'élément perturbateur, contrôler à moi seule la fatalité, l'instant. L'imaginer, le construire, l'établir dans de beaux draps, avec ses meilleures couleurs, et le rendre cassant, frappant ; toucher ce point sensible, l'émotion. J'écrirais des livres, si je réussis à bâtir assez bien l'édifice, si je réussis l'agencement compliqué, des virgules enfantines et des grands sentiments, les vieux caprices crades et sans gène, contre la saleté amère et enviée, de l'indépendance, de la douleur ; la douceur estropiée. J'inventerais des films, tout est prêt, consumable. Je comparerais le moindre détail, m'enchanterait de chaque seconde correspondant à chaque soupir de plus...Mais j'ai l'image, le visage, le corps, le vent, alors le bruit ! Le son, le mélange, créer ce qu'il faut, utiliser assez d'éléments pour faire grandir chez une personne ce sentiment habituel, de déjà vu, cette impression de semblable, de terrain connu. Je veux créer des atmosphères, je veux faire battre la chamade à des c½urs épuisés d'orages et de noirceurs, je veux rendre des comptes aux rêves, aller puiser au fond d'un individu cette sensibilité un peu folle, que l'on a tous, mais que l'on ignore pratiquement. Comment ? J'aimerais me réveiller un matin, paupière reposée, absoudre ma crainte et mon angoisse, libérer mes doutes, les rattraper au vol et les enflammer publiquement, sur une place connu de mon encéphale, ma mémoire se moquant d'eux, et mes souvenirs ne sachant que dire... sourde à leurs cris strident, muette à leurs désirs, leurs pointes qui nous abîment, j'aimerais les effacer, les ennuyer, puisque je sais au fond, je sais que j'y arriverais. J'ai la fin de la démonstration, mais aussi le début, un semblant d'équation à quadruple inconnue, et il me manque le contenu, le déroulement, j'ai vendu ma confiance contre des enchevêtrements inutiles. Essuie-tout, gratte-papier, garde-manger, cette fantaisie fanfaronne, ma volonté flétrie, mes envies épanouies, faire ce dont j'ai envie, baliverne ! Je ne suis que faribole, chose frivole.